"Allô Maman Bobo"/Souchon - explication des paroles

Publié le par Marguerite

Allô Maman Bobo, d'accord. Mais c'est quoi, ce bobo, hein ? De quoi souffre petit chanteur ? 

 

Maman, c'est l'enfance. 

La référence à l'enfance est très présente tout au long du texte, annoncée dès le titre Allô Maman bobo.

http://images.easyart.com/i/prints/rw/lg/1/3/Andy-Warhol-Cowboys---Indians--John-Wayne--1986-135384.jpgElle est d'abord incarnée par le langage enfantin qui se manifeste par un niveau de vocabulaire simple, familier (J'donne des coups d'pied dans une p'tite boîte en fer, mon quatre heure) et relatif à l'univers enfantin. Accessoires, décor et personnage de western rappellent les enfants qui jouent aux cow-boys (les ch'vaux, l'revolver et l'chapeau d'clown, saloon).

Le langage de l'enfance est aussi caractérisé par une déconstruction de la phrase. Les mots sont coupés, comme dans le langage parlé : J'march' tout seul le long d'la lign' de ch'min d'fer. Le zeugme j'voulais les sorties d'port à la voile, la nuit barrer les étoiles relie au même verbe voulais, deux compléments hétérogènes : un groupe nominal (les sorties de port à la voile) et une proposition infinitive (barrer les étoiles), construction incorrecte en français mais fréquente chez les petits enfants. L'anacoluthe de comment tu m'as fait j'suis pas beau est, elle aussi, la marque d'un langage déconstruit, assimilable à celui d'un enfant.

La place laissée à l'enfance traduit la volonté d'un retour à l'enfance, à la matrice originelle, la mère, comme un refuge. C'est en même temps le seul lieu où il semble être permis d'exprimer sa souffrance. Car l'on peut éventuellement ajouter au bobo les fonctions expressive et poétique du langage. Bobo signifie à la fois la souffrance du moi qui s'exprime et la position d'enfant dans laquelle se place ce moi. Bobo, dans la bouche d'un petit enfant, veut dire : j'ai mal.

 

Bobo, c'est la souffrance.

http://fleursdumal.canalblog.com/images/homme_triste11.jpgLe mal ressenti est exprimé au travers des neuf occurrences du mot, qui montrent que ce mal suit le chanteur partout (en campagne, à la ville, à la scène). Sa souffrance se manifeste d'abord au travers de la solitude (tout seul). Mais cette douleur est avant tout psychologique. La répétition anaphorique de dans ma tête suivie de la forme négative (y a rien à faire, y a pas d'affaire) signifie que c'est la tête qui est le siège de cette douleur. L'image de cette tête vide d'affaire n'est pas sans rappeler l'image du Spleen chez Baudelaire. Le chanteur souffre de dépression. Il a mal au cœur, sa souffrance est affective, émotive. Sa dépression peut se lire dans une forme d'affaiblissement de l'action. La phrase nominale est souvent employée. L'absence de verbe est l'absence d'action, mais aussi l'absence de sujet (Fêtes, nuits folles). Le chanteur ne semble même pas vivre ces fêtes, ces nuits folles. La mise en évidence des gens qu'ont du bol crée le contraste avec le chanteur. La dépression est aussi une incapacité à jouir de la vie. Lorsqu'il vomi[t] tout son quatre-heures, il n'arrive pas à goûter les petits plaisirs de la vie. Le cœur du chanteur s'atrophie (p'tit cœur).

 

Allô Maman bobo : une fragilité d'enfant.

À l'origine de la souffrance se dégage la fragilité du chanteur. Fragilité non assumée par le chanteur, comme en témoigne l'abondance de modalisateurs qui viennent atténuer l'affirmation de cette fragilité : peut-être un p'tit peu trop fragile ; mais fragilité avérée par l'association de cette fragilité à l'enfance que l'on a constatée.

Les rêves d'enfants sont les seules valeurs positives du texte. Le seul moment où le Moi du chanteur s'exprime de manière forte coïncide avec l'expression de ses désirs (j'voulais) à l'imparfait, c'est-à-dire de ses rêves d'antan. L'anaphore du Moi en relation avec ces rêves montre que ce moi ne se réalise que dans ces désirs.

http://www.denisdonikian.com/canette%20ecrasee.jpgLa fragilité du chanteur réside dans le contraste entre ses rêves d'enfant (l'univers des cow-boys) et sa réalité d'adulte (j'suis mal en homme dur). La réalité d'adulte ne correspond pas aux rêves de l'enfant. Il est dur d'accomplir ses rêves et encore plus dur de s'apercevoir qu'on n'y est pas parvenu. La dépression est le sentiment du chanteur de l'incapacité à être un homme. Les rimes fer/affaire/fer/faire symbolisent l'association entre la notion de faire, la réalisation, l'accomplissement, la création, et le fer, le minéral infertile, infécond, stérile. Le chanteur se retrouve confronté à l'irréalisation de ses désirs.

Ce sont les rêves du chanteur qui le fragilisent. Peut-être un p'tit peu trop fragile, répété, est ensuite transformé en peut-être un p'tit peu trop rêveur. C'est la clef d'interprétation du texte. La fragilité est la capacité à rêver. Plus l'on rêve et plus l'on risque d'être déçu par la non-réalisation des désirs.

 

 

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zorane 07/09/2010 19:23


Excellent! Tu t'es bien amusée dis-moi!


Marguerite 07/09/2010 20:29



N'est-ce pas ?