Des hommes et des dieux

Publié le par Marguerite

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/77/69/73/19476857.jpgS'attaquer à une histoire vraie n'est pas chose aisée lorsqu'on veut faire du cinéma. Le réalisateur doit d'abord choisir entre rester absolument fidèle aux faits ou s'en inspirer pour partir dans un délire personnel. Sofia Coppola, n'ayant pas été capable de trancher, a foiré sa Marie-Antoinette.

Pour le réalisateur qui s'attelle à rester fidèle à son sujet, il ne reste qu'une seule liberté : la mise en scène. Cet espace est vaste si tant est qu'on sache l'employer. On se rappelle Milk ou ElephantMais n'est pas Gus Van Sant qui veut. 

Dans  Des hommes et des dieux, Xavier Beauvois, en optant pour la fidélité, se fait peintre. S'il cite expressément le Caravage, il reproduit presque, dans une même scène, La Leçon d'anatomie de Rembrandt et La Mort de Casagemas de Picasso. L'image reprend les mêmes éclairages, le même fond informe, voire inexistant, les mêmes formes, les mêmes tons Ocre à Terre de Sienne. 

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Alors Beauvois peint des Saints pénitents,

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des Cènes, presque des Descentes de croix. Ou l'art parfait de la composition.

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Bel exercice de style. La copie d'un élève brillant. Mais le film reste un travail trop scolaire sur lequel on distinguerait presque l'encart pour mettre la note sur 20 et les appréciations en rouge en haut à droite : Excellent ? 

Ce serait trop simple. Un grand film ne se résume pas à des influences prestigieuses. D'autant que la photographie est inégale. Les nombreux plans sur le paysage sont plats. Et les cadrages sont souvent ratés : Lambert Wilson, sans doute, est trop grand, puisque le haut de son crâne est sans arrêt coupé. Tonsure involontaire. Le format CinemaScope mérite d'être manié avec habileté. 

Et puis que raconte le film ? Rien, si ce n'est le verbiage pseudo-existentiel d'hommes qui n'ont pas de vie et qui en sont réduits à reproduire des rituels grotesques pour occuper leur journée. Promener un baigneur en plastique le soir de Noël, manger le corps du fils de Dieu, glorifier un livre. Et chanter. Les acteurs s'empêtrent dans un texte auquel ils ne semblent pas croire. Beaucoup de blabla pour conclure simplement que ces hommes ne sont ni des saints, ni des héros : ils n'ont tout bonnement pas mieux à faire que de se laisser tuer. 

C'est chiant, c'est long. On s'ennuie ferme. 

Enfin le ridicule atteint son comble dans une séquence outrancièrement démonstrative lors de laquelle les moines paraissent extatiques à l'idée de boire du vin (alors qu'on en servait pourtant déjà, quelques minutes plus tôt, dans une autre séquence de repas). Les sourires mièvres infectent l'image. La caméra se rapproche des visages jusqu'à des gros plans quasi anatomiques. Chacun y va de sa larme ou de sa grimace. Séquence entièrement muette, pour une fois, mais le volume de l'unique instrumental du film (Le Lac des Cygnespoussé à fond. Ou comment démontrer la richesse d'un morceau face à l'insipidité des images. Était-elle seulement à démontrer ? 

Marguerite ne reviendra pas sur le petit côté colonialiste du bon samaritain. Il aurait pu être évité. 

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Chaani 15/09/2010 02:37


Je n'ai pas encore vu le film, alors je ne me prononcerais pas.
Par contre, beaucoup vénèrent le film de S.Coppola Marie-Antoinette que je trouve totalement ridicule par certains aspects où le fait historique est parfois mis en avant, parfois englouti par les
falbalas, le rose et autres fanfreluches superficielles... Je suis contente de voir que quelqu'un pense aussi que ce film fut raté.


Marguerite 15/09/2010 11:49




Ce qui manque au film de Sofia Coppola, c'est un réel parti pris. À jongler entre l'historique et le déjanté, elle se perd. Il aurait été préférable qu'elle plonge dans l'un ou l'autre, à fond.
Le côté rock 'n roll, pour exprimer un avis perso. 




irrégulière 13/09/2010 11:46


Je ne suis pas d'accord pour Marie-Antoinette, film que j'adore et qui me donne la pêche ! Pour celui-là... la seule chose qui pourrait me pousser à le voir, c'est Lambert Wilson, mais a priori il
n'y est pas à son avantage...


Marguerite 13/09/2010 11:57



Ce n'est effectivement pas son meilleur rôle.