"Le Coup de soleil"/Cocciante - explication des paroles

Publié le par Marguerite

À ses heures perdues, Marguerite s'amuse à décortiquer le sens caché des chansons. 

Texte de saison, certaines paroles du "Coup de soleil" de Richard Cocciante peuvent parfois laisser perplexe : 

... et tu sais, j'ai envie d'aller là-bas,

La fenêtre en face et d'visiter ton paradis. 

Mais que peuvent bien vouloir dire ces mots ? Marguerite tente de les déchiffrer.

http://www.monamiechomeuse.com/blog/nouvelles-experiences/wp-content/uploads/2009/06/olympia.jpgLa présence explicite de je et tu est la marque, sinon d'un dialogue, au moins d'une adresse du chanteur à quelqu'un. Quelqu'un qu'on peut affirmer être de sexe féminin, puisque le locuteur la voit toute nue sur du satin. Le texte ne définit pas explicitement le sexe du chanteur, mais, on va le voir, permet de le discerner implicitement.

Marguerite s'attarde un instant sur l'intégralité du texte, elle reviendra ensuite aux deux phrases qui préoccupent. L'emploi quasiment omniprésent du je traduit l'expression d'un moi, celui du chanteur. L'expression d'un je en poésie est la marque du registre lyrique, c'est-à-dire l'expression des sentiments (amour, je t'aime, j'ai envie, j'aime plus, j'voudrais). Le chanteur, en utilisant le registre lyrique, exprime donc ce qu'il ressent. On peut faire incarner le lyrisme par Orphée exprimant sa peine d'avoir perdu Eurydice en faisant sonner sa lyre. Cette comparaison est ici tout à fait parlante puisque celle qui semble être la femme aimée est absente (tu n'es pas là, quand tu t'en vas). http://www.gradus-ad-musicam.com/ingres.odalisque-slave.jpgMais cette absence est toute relative si l'on considère une chose très simple : d'une part tu n'es pas là signifie que le chanteur se sent seul, abandonné parce qu'elle n'est pas là, au moment où il exprime sa peine, d'autre part quand tu t'en vas suppose que la femme aimée s'en va ou s'en est allée à plusieurs reprises. On peut donc en déduire, si elle est partie plusieurs fois, qu'elle est également revenue plusieurs fois. Son absence, qui pouvait sembler définitive en entendant tu n'es pas là, est donc fortement nuancée par quand tu t'en vas, qui laisse entendre qu'elle ne s'en va que dans l'intention de revenir après avoir accompli quelque chose de nécessaire selon elle (elle va prendre l'air, faire des courses, apprendre à conduire, se faire couper les cheveux, etc...). C'est ce quand tu t'en vas qui est la clef de l'interprétation du texte. Il nie la possibilité d'une lamentation due à la perte de l'être aimé : le chanteur n'a pas été abandonné par sa bien-aimée. 

Mais puisqu'elle va revenir et qu'il le sait, alors de quoi se plaint-il ? Car s'il n'y a pas lamentation amoureuse, il y a quand même bien une plainte, décelable essentiellement grâce aux tournures négatives (j'dors plus la nuit, j'vis à l'envers, j'me reconnais plus, j'aime plus les gens, j'veux plus rêver). Le chanteur exprime la souffrance qu'il ressent dès qu'elle n'est plus là. Même s'il est heureux quand il est avec elle, il est malheureux dès qu'elle s'absente, c'est-à-dire qu'il ne peut se passer d'elle. On voit là un homme dépassé par sa passion, par ses sentiments. Il ne peut plus ni se fier à sa raison (les souvenirs), ni à son âme (l'amour) parce qu'il est gouverné par ses sens. Cette emprise des sens est installée dès la première phrase et dès le titre par la métaphore du coup de soleil, métaphore purement sensorielle, sensuelle, d'un amour amenant la couleur et la chaleur dans la vie du chanteur, ainsi que la douleur.

C'est ce qui amène (enfin) à ces deux vers :

 ... et tu sais, j'ai envie d'aller là-bas

La fenêtre en face et d'visiter ton paradis.

http://blogapages.files.wordpress.com/2009/08/femme-fenetre.jpgDans cette phrase, le désir (j'ai envie) du chanteur est enchâssé, entouré par la deuxième personne (tu et ton), c'est-à-dire par la femme aimée. Le désir du chanteur réside donc en sa bien-aimée. Ce désir se manifeste par une action, un mouvement (allervisiter). Ce désir est signifié par une progression, une avancée, un rapprochement, on passe de aller à visiter, c'est-à-dire du mouvement d'avancer droit et loin au mouvement d'explorer, de pénétrer. Cette progression se lit aussi dans la construction ternaire qui suit le j'ai envie. On passe d'un là-bas lointain, à un en face beaucoup plus proche, jusqu'à ton paradis encore plus proche du chanteur. Si loin, si proche, cette fenêtre est quelque chose qui s'ouvre au poète. Le paradis, étymologiquement parc, verger, a très vite désigné le jardin d'Eden, jardin merveilleux d'Adam et Eve. Tous ces termes sont très fréquemment utilisés en poésie comme des métaphores du sexe féminin ; le verger, le jardin, se rattachant très souvent à la mythologie de Vénus, déesse de l'amour. http://a7.idata.over-blog.com/300x268/2/09/05/57/eros666-2/priape-im1.jpgEt on n'oublie pas que Priape, perpétuellement en érection, est dieu des jardins. Le jardin est associé au sexe féminin pour l'idée de fertilité et de fécondité qui les unit. On peut donc en conclure que le désir du chanteur est de pénétrer le sexe de sa bien-aimée. Et que sa souffrance réside dans son insatiabilité, son insatisfaction à pouvoir assouvir ce désir du fait qu'elle s'est absentée. C'est ainsi que l'on peut déduire que le chanteur est de sexe masculin, même si ce n'était pas dit explicitement dans le texte.

Ce coup de soleil serait donc une manière de dire qu'il est chauffé à bloc... 

Inutile de rappeler la sémantique sexuelle du coup

Un coup de soleil, un coup d'amour, un coup de je t'aime.

Commenter cet article

Damien 30/12/2016 19:56

Coup de soleil: coup de foudre
Tu n'es pas la: amour non consommé car la femme en question n'est pas informée de l'amour du chanteur
La fenetre en face,...: il va déclarer son amour mais en fait ne le fait pas

C'est une histoire de coup de foudre à sens unique

caroline 27/05/2013 17:22

et le sens caché de la chanson MARGHERITA de Richard COCCIANTE???
MARGHERITA c'est sa femme ou so amante, quel est le sens???
Merci Magueritte si tu peux m'éclairer, car on m'a dédicacé cette chanson...

Richard Cocciante 10/07/2010 03:40


Ah enfin quelqu'un qui tilte la référence implicite à Priape dans ma chanson! Nan mais j'vous assure hein, c'est à désespérer de l'espèce humaine. Trente berges que je chante la même chanson devant
ce public de veaux, juste pour déceler dans la pupille luisante d'un fan "Oui, Priape, j'ai bien compris... Tu n'as pas besoin de nous étaler tes inspirations mythologiques gréco-romaines Richard,
je sais déceler la subtilité dans le prosaïque, le détail dans la fresque... Citer ouvertement Priape serait d'un vulgaire assumé, non toi, tu vaux mieux que cela." Mais non, rien à faire. Alors
oui de la demoiselle éplorée, du couple pleurnichard, j'en remplis l'Olympia les yeux fermés et le bras dans le platre. Mais attendre d'eux, au dela des larmes, qu'ils saisissent la dialectique
profonde de mon écriture, je pouvais toujours courir. Déjà qu'on relève la symbolique du jardin originel, je peux oublier direct, mais alors Priape je m'étais assis dessus, je n'y pensais même
plus, je pensais que je mourrais avec.
Et puis je lis votre article, et soudain une lueur d'espoir renaît. Enfin quelqu'un qui comprenait ma chanson, ma raison, qui me comprenait moi! Chère Marguerite, votre analyse m'a fait reprendre
confiance en moi, j'ai cessé de considérer le public comme une masse ovine informe et je me suis remis à écrire. Depuis dimanche dernier, j'ai déjà écris trois chanson: "le café est froid" qui est
un portrait à peine déguisé de Talleyrand, "j't'ai trop dans la peau" ôde sur la déchéance de Palmyre, et "Deux achetés, le troisième gratuit" qui retrace la vie tumultueuse de la Callas.
Merci chère Marguerite, vous m'avez sauvé.

Richard.