Le prix Silvia Monfort 2010

Publié le par Marguerite

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/53/Théâtre_Silvia-Monfort,_Paris.jpgDécerné tous les deux ans au théâtre du même nom, le prix Silvia Monfort récompense une jeune tragédienne. Parmi les précédentes lauréates, on compte Rachida Brakni, couronnée en 1998, et Gina Djemba, récompensée en 2006 et actuellement à l'affiche des Bleus : premiers pas dans la police, comme quoi la tragédie mène à tout. 

La soirée du dimanche 16 mai 2010 a présenté au public les dix finalistes qui ont concouru chacune avec une scène libre et une scène classique en vers. Autant dire que Racine fut maintes fois interprété ce soir-là, en particulier Phèdre et Andromaque. Heureusement, ce fut aussi l'occasion de (re)découvrir des textes de Claudel, Garnier mais aussi de Joël Pommerat

Avant que ça ne commence, on se dit qu'on ne va pas beaucoup s'amuser. Et puis le talent fuse. Marguerite s'est régalée. La promotion de cette année est de bonne qualité. Difficile de se décider. Car le prix Silvia Monfort est doublé d'un prix du public. Il faut donc voter. 

Marguerite a beaucoup hésité entre deux comédiennes, Leslie Bouchet et Lydie Selebran. Toutes deux se sont nettement détachées de cette mêlée talentueuse par leur maîtrise du corps et de la voix. Elles ont réussi à rendre le tragique sans passer par le cri. Pas facile, pas simple. Et, en même temps, tellement plus fort. Marguerite, à y réfléchir, croit bien que toutes les autres candidates ont eu recours au cri dans l'une de leurs scènes. Ce cri, guttural, aigu ou rauque, hystérique, qui prête, trop souvent, à rire et vient déchirer la toile poignante tissée par le texte et la mise en scène pour ne montrer plus qu'une femme marchant pieds nus et levant les bras vers les cintres. Leslie Bouchet et Lydie Selebran ont dépassé ce cliché. 

Lydie Selebran a ébloui Marguerite en Violaine aveugle. Le visage recouvert d'un voile d'épaisse dentelle noire, les yeux fermés, elle parcourt la scène avec la grâce des objets fragiles qui manquent de se casser chaque fois qu'on les frôle. N'est-ce pas le propre du personnage tragique, de se briser à la fin quoi qu'il en coûte ? 

http://www.cnsad.fr/upload/file/ext_spectacle_photo_image_big_443_0910_Duclos3_zoom.jpgC'est sans nul doute Leslie Bouchet qui a le plus touché Marguerite. D'emblée, la comédienne fait preuve d'audace et d'intelligence par le choix du texte de sa scène libre : elle interprète non pas l'héroïne, mais la nourrice de Phèdre. Laissant d'abord la parole à sa partenaire, elle commence sa scène en faisant presque figure de rôle muet. Et soudain elle éclate. Grave, sombre, tranquille et terrible à la fois. Effacée dans un ample costume noir, la nourrice ose dire ce qu'elle pense, fatale. C'est donc avec encore plus de saveur qu'on la découvre, lors de sa seconde scène, dans le rôle titre. En Phèdre torturée par le désir, elle irradie. La convoitise palpitante, défaillante et effrayée d'elle-même se propage et semble prendre possession de son corps. 

Leslie Bouchet : talent à suivre. 

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Marguerite tient aussi à saluer les performances primées de Najda Bourgeois, en particulier pour sa scène de Cet Enfant, de Joël Pommerat. 

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Autre lauréate, Delphine Hecquet (héroïne du court-métrage Les Soeurs aimantes) qui a eu l'originalité de jouer Claudel et Garnier. Marguerite l'en félicite. 

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Enfin, Lou Chauvain, (que l'on retrouve dans le court La Bluette en papier), 8e lauréate du Prix Silvia Monfort, la gagnante 2010, a également remporté le prix du public. 

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